Article Marianne du 10 juin 2016


MICHEL, DU RMI À L’ASSEMBLÉE. Un documentaire Infrarouge de Vincent Maillard

http://www.france2.fr/emissions/infrarouge/videos/replay_-_michel_du_rmi_a_lassemblee_nationale_07-06-2016_1171901?onglet=replay&page=1

TELERAMA-TELE 7 JOURS-TELESTAR

Loi constitutionnelle « Protection de la Nation », mon intervention à propos de la déchéance de nationalité.

9 février 2016  

Intervention loi Protection de la nation 

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Merci Monsieur le Président,

Je voudrais commencer par remercier notre collègue Charles de Courson pour son émotion d’hier soir que nous avons tous partagé. Une émotion qui prouve s’il en était besoin à quel point le sujet qui nous occupe dans l’article 2 de cette réforme constitutionnelle est d’importance.

La déchéance de nationalité touche bien entendu intimement aux valeurs qui sont les nôtres, celles qui nous construisent en tant que Nation.

Elle touche également à notre histoire et celle de cette Assemblée comme nous l’a répété si fortement notre collègue. Et c’est bien le caractère à la fois intime et historique de l’idée même de déchéance qui fait toute la passion de nos débats.

Si la déchéance de nationalité telle qu’elle avait été envisagée dans un premier temps dans le texte initial n’est plus d’actualité, son ombre plane sur nos débats et le texte amendé sans que toutes les garanties soient apportées, notamment pour les bi-nationaux.

On nous dit que la déchéance existe déjà dans la loi : trés bien, qu’elle y reste !

On nous dit que la France crérait déjà des apatrides mais que le juge est le garant de leur rareté : trés bien, qu’il continue de le faire.

Mais dès lors que la loi répond déjà à ces attentes, je ne vois pas ce qui peut nous pousser à inscrire dans la constitution, des sujets que notre loi aborde déjà, dans un exercice de redondance inutile.

Quelle symbolique y-a-t-il à toucher à la Constitution quand celà nous divise, nous heurte, nous blesse quelques fois, alors que la loi, au contraire, nous réunit et nous rassemble ?

L’unité nationale face au terrorisme doit-être une de nos boussoles. Certes !

Mais si nous voulons réaffirmer dans notre constitution ce qui nous fait français, inscrivons clairement le droit du sang, le droit du sol et de la naturalisation. Et comme la déchéance pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, constitutionalisons l’indignité nationale qui puise sa force et sa légitimité au coeur de notre droit et de notre histoire.

Une réponse qui ne serait pas commandée par l’émotion, de circonstance, mais solidement ancrée dans ce qui fait la puissance de notre nation, le refus du renoncement, de la facilité et du replis sur soi.

Ainsi, même face au terrorisme, nous pourrons continuer ensemble à écrire en positif, notre loi fondamentale. Une façon de rappeler encore une fois notre détermination à ne rien vouloir abandonner de  nos valeurs républicaines aux coups de boutoir des barbares.

Merci de votre attention. 

So Film : Politique Fiction 

   
    
   

XV Parlementaire vs Beti Bixcor, au profit de l’épicerie sociale de Brétigny « Le sucre d’orge »

  Toujours étonné de n’être pas complètement pourri et de tenir tranquille plus de 30 minutes sur le terrain contre les Bety Bixcords de Brétigny au profit de l’épicerie sociale « Le sucre d’orge »… Bien sûr après ça fait un peu mal partout ! C’est fragile des côtes…   
   
 
   
 
L’anecdote du week-end

  

Premières photos de la cérémonie de Voeux 2016 (Bruno Valenti)

   
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
   

Cérémonie de voeux 2016 : discours

  

Mes chers amis,

j’avais pris l’habitude ces dernières années de commencer cette cérémonie de voeux à laquelle je vous remercie d’avoir répondu aussi nombreux par une petite note d’humour, une plaisanterie pour détendre l’atmosphère avant d’entrer dans le vif du sujet, mais l’année qui vient de s’écouler et la situation que nous traversons m’en ont ôté l’envie.
Jamais comme ces dernières semaines je n’ai eu à ce point la sensation que notre monde était en train de basculer. Jamais comme ces dernières semaines je n’ai eu autant de doutes quand au devenir des valeurs qui forgent notre cohésion nationale. Jamais je n’ai autant ressenti la fragilité de nos combats. Jamais je n’ai eu à ce point la sensation que les humanistes pouvaient perdre l’historique bataille des idées.

Il y a un an, personne ne pouvait imaginer qu’en France, on puisse être assassiné pour un dessin, une caricature, l’expression d’une opinion. Personne ne pouvait imaginer qu’on puisse être assassiné pour la seule raison que l’on porte un uniforme symbole du choix que nous avons fait de protéger la loi et nos concitoyens. Bien sûr, malheureusement, tout le monde savait que l’on pouvait encore être assassiné du seul fait d’être juif, même si nous tentions de nous rassurer en nous disant que ce temps là était révolu et renvoyé aux hontes de l’histoire.

C’est pourtant ce qu’il nous est arrivé. C’est pourtant ce que nous avons vécu ensemble, dans la sidération la plus totale. 

Nous nous rappelons toutes et tous, et nous nous en rappellerons longtemps, où nous étions lorsque nous avons appris l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo. Nous nous souvenons tous de ce que nous faisions à ce moment là, comme nous avons tous en mémoire ce que nous faisions et ou nous étions un certain 11 septembre 2001.

Le 7 janvier dernier nous étions occupés, Céline, Marion, Mathilde, Doriane, Yoann et quelques autres à mettre sous plis la carte de voeux que je vous destinais. BFM faisait un bruit de fond. Un bruit qui s’est amplifié jusqu’à nous laisser KO et sans voix, incrédules, en larme, effondrés.

Presque aussitôt la France s’est levée, partout, dans chacune de nos villes, de nos villages, au nord comme au sud, elle s’est levée et s’est rassemblée. En quelques heures, la planète entière a tourné les yeux vers nous, s’est soudée autour de nous, s’est mise à vibrer en bleu blanc rouge d’un bout à l’autre de cette tout petite terre. 

Le monde est devenu Charlie. 

Parce que Charlie traduisait dans une langue universelle d’autres mots qui nous étaient si chers mais dont nous ne semblions plus nous souvenir tout à fait, des mots de liberté, d’égalité, de fraternité. 

Ces mots ont trouvé leur raisonnance dans le coeur de tous les démocrates de la planète comme une réminiscence de notre histoire, l’écho du siècle des lumières, des encyclopédistes, de notre révolution, celui de notre long, éternel et inéluctable combat pour l’émancipation de l’homme, pour sa libération, pour faire de lui le citoyen actif d’une nation éclairée, à la fois unique et seul, mais réceptacle de tous et de la nation. 

Oui, le monde s’est tourné vers nous et nous a regardé pour ce que nous sommes : des femmes et des hommes turbulents, braillards, bagarreurs, râleurs, éternels bavards, contradictoires, insaisissables, tendres, poètes, touchants, gosses de riches aux poches percées se prenant toujours pour gavroche, énervants et attachants à la fois. Imaginatifs, inventifs, travailleurs et épicuriens, changeants et insaisissables, contradictoires, complexes. Arrogants bien sûr, cultivés ou feignant de l’être, amoureux comme personne, fiers de tout ce là.

Et Libres ! Libres surtout ! Français.

Le monde, avec nous est descendu dans la rue, pour dire que nous étions toujours là, debout, déterminés, solidaires, serrés les uns contre les autres pour ne pas avoir froid, pour ne pas avoir peur, pour continuer de chanter et de rire de tout et de n’importe quoi

Qu’il était beau ce moment le long des boulevards. Triste, tragique, solennel, mais de la beauté d’un printemps, d’un rayon de soleil frappant la poussière après un orage d’été, de cette beauté du monde qui fait que la résignation n’est jamais pour nous, de la beauté de ceux qui se mettent en marche, depuis le début de l’histoire, coude contre coude, épaule contre épaule, la boule au ventre, le coeur au bord des lèvres, décidés à défier l’impossible, la fatalité, à briser les chaînes et les barreaux de nos frères emprisonnés.

Oui c’était une terrible et belle journée et ceux qui l’on vécu en sont revenus changés.

Bien entendu le monde est retourné à ses affaires, la tempête s’est essoufflée, les larmes et les cicatrices au coeur sont restées, mais bon, nous le savons bien nous qui portons en nous cette belle nation qui est la notre, les cicatrices et les larmes se mêlent depuis si longtemps à nos rires et nos chansons, que nous les portons comme des généraux portent leur médaille, avec fierté et mélancolie.

Nous sommes retournés dans nos vies de tous les jours et le vide de janvier s’est empli sans que nul ne s’en rende compte de ces petits riens qui font le quotidien et c’était bien normal. Rassurant. 
Ce fut une année d’élection, comment ne pas en parler ici devant autant d’élus venus de tous les coins de la circonscription. Une élection c’est aussi un moment fort de la République, le débat, la contradiction, la conviction, l’énergie d’un projet et puis à titre personnel, ce frisson qu’on ne s’avoue pas à se mettre en danger, à prendre le risque d’affirmer ce que l’on est, ce à quoi l’on croit, ce qui nous pousse à se battre.
Cette bataille dont on sait qu’elle ne fera pas de mort et au soir de laquelle gagnants et perdants rentrerons chez eux sans autre blessure que celle de leur amour propre.  

Certains en souriant, d’autres en se forçant à le faire.

J’ai été très heureux de partager avec Isabelle Catrain d’Europe Ecologie les Verts une candidature commune en accord avec les nouvelles règles sur la parité. Heureux aussi de faire un bout de chemin avec mes camarades communistes Françoise Poli et Laurent Gaboriau, nos suppléants, fier du soutien de mon ancienne collègue du Conseil général Clothilde Bouffone et du tissu associatif qu’elle anime sur Saint-Michel-sur-Orge. 

Bien entendu il m’est arrivé, je dois bien l’avouer d’avoir passé d’autres soirées au sourire plus sincère que le soir du résultat de cette élection.Mais je n’ai jamais pensé qu’un mandat était un du. Seul le choix des urnes nous donne un peu de légitimité, seulement pour le temps que les citoyens décident et rien d’autre.

Je pleins sincèrement ceux qui l’oublient et pensent qu’ils ne doivent leur position, toute précaire qu’elle soit, qu’à leurs seuls talents et compétences. 

Il n’y a pas d’injustice en politique, il y a des moments comme il y a des saisons. S’en indigner est aussi inutile que de préférer le printemps à l’été, aussi vain que de se lamenter sur l’automne qui précède l’hiver.

Je ne regrette rien de l’aventure qui a commencé pour moi en 2008 au Conseil général de l’Essonne aux cotés de Michel Berson tout d’abord puis de mon ami Jérome Guedj.

 Je ne regrette rien de ce que j’ai pu y faire avec, pour et aux cotés des essonniens. Aucun regret de m’être battu pour que la prévention santé soit un outil pertinent au service des plus démunis et des jeunes, aucun regret d’avoir accompagné les associations de notre territoire, les clubs sportifs et les comités, les acteurs de la culture, d’avoir défendu la psychiatrie publique en présidant Barthélémy Durand, une certaine fierté même d’y avoir oeuvré pour le rapprochement des lieux de soins du bassin de vie des patients ou d’y avoir créer le premier centre d’étude de la douleur en santé mentale qui sera dupliqué dans chaque région dans l’année qui vient. 

Aucun regret d’avoir à mon échelle, à ma modeste mesure, tenté concrètement de faire avancer en les écoutant et les épaulant ceux pour qui le vivre ensemble n’est pas une formule électorale ou un slogan pour plateaux de télévision, acteurs bénévoles de l’économie sociale et solidaire, de la coopération décentralisée, tout ceux qui oeuvrent au quotidien au service des autres sans en attendre de merci ou de récompenses et dont le seul carburant reste la passion. 

Cette passion que nous avons partagé sept années durant pour le sport, la culture, l’engagements, la solidarité, les autres, la vie tout simplement. Coude contre coude, épaule contre épaule, debout, marchant, toujours droit devant, toujours. 

Je ne regrette pas non plus, et j’en suis même fier, d’avoir partagé encore une fois à ma modeste place, la route des sapeurs-pompiers de l’Essonne. Ils savent toute l’admiration que j’ai pour eux, pour leur engagement, leur dévouement, leur respect de la personne, leur sens des responsabilités et du sacrifice. J’ai été fier de les côtoyer dans l’exercice de ce mandat départemental et je suis fier que beaucoup d’entre eux me gratifient encore de leur amitié et soient là ce soir avec nous. Et je chargerai le Colonel Laporte que je vois sourire d’être le porte parole de mes remerciements auprès de chacun d’entre eux. 

Alors bien sûr, comme je vous le disais, quand on ne regrette rien et qu’on a quelques fierté du travail accompli, forcément certains soirs, le sourire… 
Je souhaite bien entendu la meilleure réussite à Sophie Rigault et Nicolas Meary pour leur mandat dans cette nouvelle majorité, puisque ce sont eux qui m’ont remplacé sur ce territoire, ainsi qu’aux autres conseillers départementaux que j’ai salué tout à l’heure. Et ce même si les décisions qui viennent d’être prises par l’Assemblée départementales, me laissent songeur et très inquiet, mais ce n’est pas l’objet de mon propos de ce soir. 
Je n’ai pas de regrets, je vous l’ai dit. Mais pas de nostalgie non plus. Cette abondance d’humanité, de respect, d’entre aide, de non stigmatisation de l’autre continue d’être mon quotidien dans ma fonction de député.
J’ai vu beaucoup de responsables associatifs ce soir et je peux leur faire une confidence, je n’ai jamais su de quel coté penchait leur coeur politique, et ça n’a jamais eu pour moi la moindre importance tant que nous oeuvrions ensemble au profit du bien commun de nos concitoyens et de nos territoires. 
Beaucoup de crises plus graves qu’une élection sont venus perturber cette année si singulière. Je n’évoquerai pas la crise des migrants qui pourtant nous obligera tôt ou tard à penser l’Europe différemment et non pas simplement d’un point de vue économique, centré sur le marché potentiel qu’elle représente. Les barbelés, aussi hauts soient-ils, n’arrêtent pas plus la misère qu’ils n’éteignent l’espérance.  
Je voudrai simplement vous rappeler que l’Europe qui unit 7% de la population mondiale, produit à elle seule, 25 % de ses richesses. 
L’Europe est la première puissance économique au monde, loin devant les Etats-Unis et la Chine. Ceux qui veulent nous faire croire à notre déclin nous mentent. Ceux qui pensent que nous pourrions nous passer de cette puissance potentielle sont de dangereux aventuriers irresponsables. Mais ceux qui ne cherchent pas à réorienter cette Europe pour qu’elle correspondent un peu mieux aux exigences de ses citoyens, sont aussi ceux qui donnent aux menteurs et aux aventuriers les moyens de croitre et de prospérer .

Vendredi 13 novembre. Une journée banale. Une fin d’automne extrêmement douce qui donne envie de flâner dans les rues, à la terrasse des cafés, de penser que l’hiver, finalement ne viendra jamais. 
Le 13 novembre, celui qui a tout changé, a commencé pour moi par un post sur Facebook, vous connaissez mon addiction à ce réseau dit social. Un post de Mathilde, ma collaboratrice à l’Assemblée. Un truc un peu dingue dont je n’ai pas très bien compris ni le sens, ni l’humour, parce que ça devait être un truc comme ça, de l’humour noir… Un pétage de plomb peut-être ? Ca arrive parait-il quand on travaille dans l’ombre d’un député. 

En gros, ça disait : « ne sortez pas, restez chez vous, ils tirent sur tout le monde, ils sont en train de tuer tout le monde dans la rue »
Je ne savais pas que le restaurant en face de chez Mathilde s’appelait « Le petit cambodge ». Je l’ai appelé immédiatement, elle était en larmes, me racontait une fusillade en plein coeur de Paris, l’horreur vue de sa fenêtre. 

J’ai repensé à ce moment, deux ans et demi plus tôt où j’avais poussé la porte du quai en gare de Brétigny pour y découvrir cette tragédie qui a tellement marqué notre ville.

Et puis comme la France entière, j’ai basculé sur BFM ou je ne sais qu’elle chaîne d’information. Le reste vous le connaissez aussi bien que moi. 

Le stade de france, les terrasses de café, les restaurants, le Bataclan. Le Bataclan !

En janvier dernier nous avions ici même dans cette même salle, égrené les noms des victimes de Charlie, de l’Hypercacher, des policiers tombés dans la rue. 

Aujourd’hui cela ne sera pas possible. 130 morts, des centaines de blessés. Le coeur de notre capitale purement et simplement vidé de son sang.

Comme je l’ai dit en commençant, depuis janvier nous avions compris que l’on pouvait en France mourir pour un dessin, pour une idée, une impertinence, un trait d’humour, nous avions compris qu’on pouvait mourir dans la rue, à même le trottoir pour la seule raison de l’uniforme que l’on portait, nous avions appris, une fois encore que sur le sol de France on mourrait encore du seul fait d’être juif, ce que le martyr d’Hilane Halimi, n’avait pas suffit à faire comprendre à ceux qui ne sentaient pas vraiment concerné puisque eux, comme longtemps auparavant, n’étaient pas juif.
Oui, nous avions appris tout ça en janvier. Et c’est pour ça que nous étions devenus Charlie. 

Novembre nous apprenait que désormais nous pouvions mourir simplement parce que nous étions français, voire simplement que nous aimions la France sans même lui appartenir, que nous aimions trainer aux terrasses des cafés, rire entre amis à la table d’un restaurant, près à communier par millier autour d’un ballon, même si il n’est pas ovale, mourir parce que nous aimions la musique, quand elle joue fort, quand elle bouscule, quand elle nous embarque dans une transgression joyeuse et violente, mourir parce que nous étions vivants, libres, heureux, changeant, ouverts, généreux, ensemble et que d’autres ne le supporte pas. 
Mourir parce que nous sommes vivants et que même cela leur est intolérable. 
Oui, sans doute ont-ils partiellement raison ceux qui nous expliqué que désormais nous étions en guerre, mais pas n’importe quelle guerre, la guerre des lâches, la guerre des assassins, la guerre des abrutis de l’histoire, des ignorants, de ceux qui n’apprendront jamais, de ceux qui font le choix de vivre à jamais à genoux dans la boue de la pensée, le néant, l’ignorance de la beauté du monde et des hommes.
Une nouvelle fois la planète entière s’est levée avec nous. Les couleurs de notre drapeau ont flotté d’un bout à l’autre de cette planète qui finalement n’a jamais été aussi ronde qu’en ces jours tragiques. 
Le Président de la République a pris la décision d’intensifier les attaques aériennes contre Daesh et c’était une très bonne décision. Le Président a décidé de décréter l’Etat d’Urgence et c’était aussi une très bonne décision. Il aurait été inconcevable, au nom même des valeurs qui sont les nôtres, au nom même de notre histoire, au nom même de la barbarie qui venait de nous frapper au coeur de Paris, qu’il en fut autrement. 

J’ai été fier dans ces jours sombres, inconcevables de violence et de peur de représenter notre territoire, de vous représenter.  J’ai eu l’étrange sensation en traversant ces moments d’inscrire en votre nom mes pas dans ceux de l’histoire en marche. 

La Marseillaise de janvier chanté dans l’Hémicycle après l’exceptionnel discours du Premier ministre Manuel Valls fait parti de ces moments là. La convocation par le Président de la République du Congrès à Versailles en est un autre.

Parce que ce moment, sous les dorures surannées de cette salle vieillotte du château de Versailles que je ne connaissais pas, rappelait à tous, bien au delà des annonces du Président François Hollande, que la France n’est pas un pays de cocagne, que la France c’est bien entendu un peuple, mais avant tout une histoire, une constitution, la mère de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, autant de lumières qui éclairent son peuple et font de chacun de ses enfants l’expression vivante de la démocratie, de la république et composent un chant si puissant que ses notes résonnent bien au delà de ses propres frontières.  
Et ce moment disait aussi : nous ne sommes pas une nation à genoux, nous n’avons pas peur.
Enfin si, peut-être un peu. Un peu plus qu’en janvier. Malgré toute notre détermination. Oui ceux qui ont choisi, et j’insiste sur le fait qu’ils ont choisi de le faire, d’ensanglanter leur pays, de tuer ceux avec qui ils avaient grandi, avec qui ils étaient allés à l’école avaient peut-être partagé les mêmes passions, ceux-là cherchaient justement cela : remplacer par la peur ce qui fait de nous ce que nous sommes et qu’ils ne reconnaissent plus, des enfants de la république, des enfants de la patrie, des enfants de la France.
Il y a à l’évidence de nombreuses façons de se vivre français dans les valeurs de la République. Pour la plupart d’entre nous ce n’est même pas une question. C’est à la fois constitutif de ce que nous sommes, de notre façon de voir le monde, de répondre à ses défis, et d’embrasser ses espérances tout au long de notre vie. 
 Ses valeurs nous les connaissons naturellement, elles se traduisent à travers notre éducation, notre système de protection sociale, notre laïcité, le droit d’expression et de pensée, la liberté de culte et d’opinion, l’égalité plus ou moins réelle des chances, l’espérance d’une solidarité collective face aux accidents de la vie, la culture, notre système de retraite, l’idée, de plus en plus souvent battue en brèche, que nos enfants auront droit à une vie meilleure que la notre.

Et l’assurance que personne ne sera laissé sur le bord du chemin.
Pourtant, aujourd’hui encore, 5% seulement des enfants d’ouvriers et d’employés accèdent aux études supérieures, aux grandes écoles, aux troisièmes cycles universitaires. 150 000 jeunes sortent sans aucun diplômes du système scolaire et tous où presque viennent des mêmes catégories sociales les plus défavorisées de la population. 
Un enfant d’ouvrier, dans les premières années de sa vie, comme ce fut sans doute mon cas, et c’est peut-là qu’il faut trouver la source de ma passion pour les mots et les longs discours, un enfant d’ouvrier donc entend dans les 3 premières années de sa vie un vocabulaire composé de 500 mots environs alors que dans le même temps un enfant de medecin à droit à un vocabulaire composé de 5000 mots. 
C’est là, au coeur de ce constat, que se construisent la plupart des inégalités du lendemain. 

La promesse républicaine n’est pas de nier les réalités mais de mettre tout en oeuvre pour réduire ces inégalités et donner à chacun de ses enfants, par leur éducation et son école, les mêmes chances, les mêmes opportunités au delà de la fatalité de la naissance.  Le but de la République n’est pas l’égalitarisme, mais l’égalité !

La plupart d’entre vous le savent, je représente à mon corps défendant un exemple à peu près unique en matière de parcours politique. Petit-fils d’ouvriers et paysans, fils d’ouvrier, simple bachelier, rentré très tard et presque par effraction dans ce monde là, rien ne me prédisposait à être élu. 

Je m’amuse d’ailleurs encore souvent de voir avec quelle détermination, avec quelle envie, avec quel manque total de conviction ou d’idéal, certains de ceux qui s’engagent tentent avant tout, et réussissent parfois, à se construire une carrière qui n’a d’autre portée collective que la satisfaction de leurs propres ambitions, de leurs propres égos et ce quelle que soit la famille politique à laquelle ils appartiennent.

Je vois à vos sourires que nous en connaissons tous, même si aucun de ceux-là, bien entendu, n’a répondu ce soir à mon invitation. 
La panne chronique de l’ascenseur social que je viens d’évoquer, ne me fait pas sourire. Penser que depuis mon enfance dans les tours des quartiers périphériques de Clermont-Ferrand les choses n’ont pas changé est une blessure dont je sais que je ne guérirai jamais. C’était pourtant dans un autre siècle, il y a plus de 30 ans. 
Mes copains d’enfance, venus des quatre horizons de la vie ont nourri les statistiques du déterminisme social et moi je suis bien trop seul là où je me trouve pour devenir ne serait-ce qu’une antédécimale de statistique. 

Le fait que les promesses de la république ne soient tout à fait les mêmes pour tous malgré les efforts répétés des uns et des autres pour qu’il en soit autrement, ne m’amènent ni à vouloir comprendre, ni à vouloir excuser les barbares qui ont choisi de frapper leur propres pays.
Tout le monde à le choix. Toujours. 

Mais il m’arrive de penser que ceux qui nous ont frappés ou rêveraient un jour de le faire, sont à la République ce que la cellule cancéreuse est au corps humain. Non pas la maladie elle même, mais la source du disfonctionnement qui fait que la maladie se développe et finit par essayer de tuer l’ensemble.

Car au delà de ces êtres répugnants et de leur conception nauséabonde, moyenâgeuse et obscurantiste du monde, nombreux sont ceux qui, sans emprunter jamais ce chemin extrême, doutent de la République et de ses valeurs dans la façon dont elles s’expriment dans les difficultés qu’ils doivent affronter au quotidien où qu’ils se trouvent. 
Ce doute exprimé n’est pas l’apanage d’une culture qui serait musulmane avant d’être française, elle s’exprime par bien d’autres moyens, y compris massivement dans nos urnes comme nous avons pu le voir récemment.

On peut à l’infini tenter de nommer des responsables, regretter que les hussards noirs de la République ne soient plus là pour conforter notre idéal éducatif, que notre école produise autant d’inégalité qu’elle n’en résoud, que le chômage de masse ait mis à mal nos espérances en des jours meilleurs, mais cela ne suffirait à endiguer ce sentiment que la peur progresse, que la haine augmente, que l’individu se referme là où notre pacte voudrait qu’il s’ouvre au monde et aux autres…
Le chemin vers la fierté et l’honneur d’être français ne passe pas pour moi par les vagues de la Méditerranée affrontée comme un premier défi de la liberté, il ne passe pas par l’Irak, la Syrie, l’Erithrée, l’Afrique sub-saharienne. Il ne passe par l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, l’Egypte. Il n’a pas traversé l’océan depuis l’Argentine, le Chili, l’Uruguay. Il n’est pas né dans les balkans, la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie. Il n’est pas né du fascisme italien, de la république brisée d’Espagne ou du Portugal. 
Mon chemin vers la république et la France vient de plus près et de beaucoup plus loin à la fois, du coeur de l’Auvergne. Un chemin qui commencé un jour de 1789 quand des paysans, des petites gens, le peuple s’est mis en marche, modestement, à pied, soulevant la poussière lieue après lieue avec comme seule espérance d’arriver jusqu’à Paris, les cahiers de doléance sous le bras pour faire entendre au Roi, le chant d’un autre pays bien éloigné de Versailles. Les Etats Généraux ! 

Il y a en face de la porte d’honneur de l’Assemblée nationale une gigantesque fresque en bronze représentant le serment du jeu paume. 
L’occupant nazi aurait eu, dit on, l’intention de la décrocher et la fondre pour en faire des canons. Si cela avait été, d’autres prétendent que tout le palais bourbon se serait effondré tellement la pièce est lourde et soutient l’ensemble de l’édifice. Quel beau symbole.

Il ne se passe pas une semaine depuis 4 ans ou je ne m’arrête pour contempler la scène. Me revient alors en mémoire mes cours d’histoire et la phrase célèbre : « nous somme ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ».
Il ne se passe pas une semaine, où, je ne confronte mes doutes et mes interrogations sur le rôle qui est le mien dans cette assemblée et les décisions que nous devons prendre, à cette poussière levée par les pas de ces délégués du tiers Etats qui marchaient déterminés vers le coeur du royaume de France.
 C’est là que je retrouve le sens de toutes choses. Le sens de nos combats, dans leur grande simplicité, dans leur parfaite évidence, au delà des hasards d’être né ici plutôt que là-bas. Ces hommes figés dans le bronze me murmurent à l’oreille que quelque soit le chemin, d’où qu’ils viennent, de l’histoire ou de guerres lointaines, le point d’arrivée reste le même, non pas fractionné ou diminué mais, total, entier, indéfectible et inaliénable, ce chemin mène à la France dont nous sommes tous les enfants de la première à la dernière génération et je suis fier qu’elle nous accueille tous, au bout du chemin, les bras ouverts, généreuse, tolérante et éclairée.

C’est cela que nous n’avons cessé de dire au monde depuis bientôt 250 ans qui fait que lorsque nous sommes attaqués, c’est la planète entière qui se lève à nos côtés. Oui notre plus grande force tiens à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, à notre révolution, à notre soif d’égalité et de liberté, à notre république, à notre constitution. 

Ce sont nos armes les plus puissantes, parce qu’elles sont les armes de l’esprit, de la conviction et qu’elles sont au delà du temps des hommes, au delà des contingences du quotidien. C’est aussi ce qui faisait dire à Victor Hugo revenu d’exil :

« Sauver Paris, c’est plus que sauver la France, c’est sauver le monde. Paris est le centre même de l’humanité. Paris est la ville sacrée. Qui attaque Paris attaque en masse tout le genre humain.Paris est la capitale de la civilisation, qui n’est ni un royaume, ni un empire, et qui est le genre humain tout entier dans son passé et dans son avenir. Et savez-vous pourquoi Paris est la ville de la civilisation ? C’est parce que Paris est la ville de la révolution. »

Oui, là est notre plus grande force et c’est le jeu des barbares, tout au long de l’histoire, de nous en faire douter..
Cette force historique ne nous rend pas pour autant invincibles. Il faut la nourrir. Nous devons renforcer notre arsenal juridique et donner les moyens à nos services de sécurités et à notre armée pour lutter plus efficacement contre le terrorisme, ici comme ailleurs. 

La coopération internationale doit être le fer de lance de notre bataille commune. Parce que rappelons le, les attentats commandités par Daesch à travers le monde touche d’abord et majoritairement des musulmans, c’est dire s’il en était besoin que ce n’est pas la religion qui est cause, mais une vision fasciste du monde que certains veulent imposer sous couvert de religion.

Cette force qu’est la République, quelle que soient les armes dont nous la doterons, ne nous protègera jamais totalement de la détermination d’une poignée d’hommes et de femmes, nous le savons bien. Le risque existe toujours. Parce que cette guerre des lâches est longue, souterraine, implacable. Et qu’elle échappe dans ses motivations à notre compréhension, à notre manière d’appréhender le monde. Alors ne soyons pas naïfs, les symboles ne suffiront pas non plus à nous protèger.

Dans quelques jours les discussions concernant la modification de la constitution débuteront à l’assemblée. L’article 1 prévoit l’inscription de l’Etat d’urgence dans notre constitution. Cela mérite réflexion. Si cela était l’occasion par exemple d’en supprimer l’article 16, celui des pleins pouvoirs donnés au Président et le plus liberticide qui soit, pourquoi pas. Le débat mérite d’être mené. Comme celui des moyens donnés à nos forces de police et de renseignement dans cette lutte de longue haleine, pour peu bien entendu que cela n’entre pas en contradiction avec les droits fondamentaux de chacune et chacun d’entre nous. 
L’article 2 prévoit la déchéance de nationalité. Dans un premier temps il était question de la réserver aux seuls bi-nationaux qui seraient définitivement jugés coupables de terrorisme et seulement à la fin de l’exécution de leur peine. 
Le premier ministre a annoncé hier que le texte qui sera présenté au parlement ne fera plus état de la bi-nationalité, mais pour ce que nous en savons aujourd’hui, seuls les bi-nationaux pourront de fait être déchus de leur nationalité, les autres écopant d’une peine de déchéance différente, celle de leur citoyenneté. Une déchéance pour tous qui définira malgré tout deux catégories de citoyens français.

Il ne vous aura pas échappé que les terroristes qui ont ensanglanté notre pays, depuis l’affaire Merah, sont tous décédés au moment où nous nous parlons. Soit qu’ils l’aient été lors des assauts de la police, soit qu’ils se soient eux-même donné la mort lors de leurs attentats. Un seul s’est suicidé en prison.  Dans tous les cas, aucun ne sera ni jugé, ni condamné.

Qu’à cela ne tienne, le nouveau texte ajoutera aux crimes pour terrorismes, les délits liés au terrorisme. La différenciation entre crimes et délits est un élément important de notre droit pénal. Il indique à la fois la gravité de la chose et la lourdeur potentielle de la punition. Des délits de terrorisme pourraient ainsi être l’objet d’une inscription dans la constitution alors que les crimes qui nous indignent à raison tout autant y échapperaient ? C’est ce qui est en train de se construire me semble-t-il.  Et combien parmi ceux qui nous attaquaient possédaient une double nationalité ? Deux seulement, franco-belge, franco-algérien.

Les autres étaient français de naissance, nés sur le sol français, la majorité d’entre eux, nés de parents eux-même français. Et même si certains avaient, peut-être, la sensation comme je l’ai eu dans mon enfance, de ne pas avoir reçu à égalité les fruits de la promesse républicaine, ils n’en étaient pas moins français que vous et moi et pas moins coupables que vous et moi devant notre justice si nous avions fait les mêmes choix délirants et inconcevables que les leurs. 

Quand on demande à ceux qui veulent inscrire la déchéance de nationalité dans la constitution quelle sera l’efficacité d’une telle mesure dans la lutte contre le terrorisme, la réponse sonne comme aveux : à peu près aucune. On parle de promesse, d’engagement présidentiel. C’est important sans doute. Mais nécessaire, j’en doute.

La déchéance serait donc de l’ordre du symbole. Mais je vous pose la question : le symbole de quoi ? 

Inscrire dans notre constitution, même en filigrane, une inégalité fondamentale entre les citoyens français porterait quelle symbolique ?
Nous ne pouvons pas oublier que ces terroristes ont été nourris pour la plupart d’entre eux et depuis leur plus jeune âge par les valeurs de cette république à laquelle nous attachons tant d’importance. Le fait qu’ils s’en détournent radicalement et se dressent en face de nous ne change rien à l’affaire. Nous n’avons pas de pitié à avoir pour autant. Pas plus que nous ne devons avoir de pitié pour tout ceux qui par leur comportement remettent en cause dans la violence nos règles et notre cohésion.

Ceux qui durant l’occupation ont déporté femmes, hommes, enfants et vieillards, ceux qui ont torturés leurs propres voisins, leurs propres amis au bénéfice d’un pays occupant lors de la dernière guerre mondiale n’ont pas été déchus de leur nationalité, mais frappé de l’indignité nationale. Sans que cela passe par une modification de la constitution. 

Ceux qui nous attaqués, à l’abord du stade de france, à la terrasse de nos cafés, dans nos salles de concert l’ont fait parce qu’ils voulaient nous frapper au coeur de ce que nous sommes, dans la quotidienneté de nos valeurs. Parce que nous avons mis au dessus de ce qu’ils croient être la loi de Dieu, quelque chose de plus fort, de plus fondamental, de plus sacré, la loi des hommes.  Et nous n’aurions à leur oppose d’autre réponse, par soucis de symbole, que de modifier cette loi des hommes ? 

Hier, pour les mêmes raisons qui me feront voter contre ce projet de loi de réforme constitutionnelle s’il reste en l’Etat, Madame Christiane Taubira, garde des sceaux et ministre de la justice, a décidé de quitter le gouvernement. J’ai eu un immense plaisir et un grand honneur à être à ses côtés, notamment lors de ces interminables séances de nuit qui ont rythmés les débats à propos du mariage pour tous et qui resteront pour moi une de mes plus grandes fierté. 

J’ai aimé hier la sobriété avec laquelle elle a su résumer ce que signifie réellement ce renoncement qu’est la déchéance nationale : « Face au terrorisme, nous ne devons concéder aucune victoire, ni militaire, ni diplomatique, ni politique, ni symbolique ». 

Si nous voulons être forts, soyons le vraiment. Aujourd’hui comme hier et comme demain.

La république ne se divise pas, elle ne s’accommode pas. Il ne peut exister plusieurs catégories de français. Le droit du sol et le droit du sang, seuls font acte de notre appartenance à notre communauté nationale. Et la loi est le bras armé qui en fait respecter les règles et les devoirs.
Benjamin Franklin disait « qu’un peuple qui est prêt à sacrifier un peu de sa liberté pour sa sécurité, ne mérite ni l’un, ni l’autre ». 
C’est sans doute dans le chaos que le vrai courage collectif d’une nation peut et doit s’incarner. 

Le même courage qu’il a fallut en 1981, malgré une population hostile, pour décider de l’abolition de la peine de mort. La déchéance de nationalité n’est pas une solution, elle ouvre simplement la porte aux dangers de demain.

Bien sûr tout cela peut sembler bien éloigné des préoccupations quotidiennes de chacun et des défis que doit relever le pays. Mais si on ne prête pas une vigilance extrême à ces choix fondamentaux, alors nous ne seront plus, rapidement, en mesure d’affronter le reste. 

J’aurai pu bien entendu vous parler comme je l’ai fait les autres années du chômage, de l’exclusion, du logement, des services publics, de la solidarité, de la crise des migrants qui je le répète questionne l’Europe et l’équilibre de notre monde… J’aurais pu vous parler collecte, traitement et recyclage des déchets bien sûr, de la Sem Semardel que je préside et qui, en étant au service des essoniens, prouve qu’une entreprise peut-être citoyenne, porter des valeurs autres que le simple profit d’actionnaires. Que même pour les entreprises il y a plusieurs chemins possibles. Que le profit n’est pas tout.J’aurai surtout pu vous parler de la tendresse et de l’admiration que j’ai pour toutes celles et tout ceux qui au quotidien font vivre et animent cette entreprise pas tout à fait comme les autres, en saluant au passage son directeur général, mon ami Marc Rajade.

 J’aurai pu vous parler de tout ce que nous avons fait cette année au parlement et croyez moi il y a bien plus à dire que la baisse des dotations de l’Etat aux communes et aux départements. 

J’aurai pu vous parler de la loi « Création, patrimoine et architecture » dont j’ai eu l’honneur d’être le responsable pour le groupe Socialiste Républicain et Citoyen et qui reviendra du Sénat en deuxième lecture au mois de mars.

Un loi qui dit en son article premier : « la création est libre » ! Quatre petits mots qui auront peut-être un jour valeur constitutionnelle. Quatre mots qui définissent une notion universelle, un droit et sactuarise ce qui a été trop souvent remis en cause durant cette année un peu partout dans notre pays, particulièrement bien sûr dans les communes désormais gérées par le Front National. 

Parce que c’est cela, et j’y reviens, la force de notre constitution est qu’elle s’écrit en positif : elle ouvre des droits, des perspectives, des possibilités pour l’ensemble de ceux qui forment la nation. Elle n’enferme pas, elle ne réduit pas, elle ne sclérose pas, elle libère ! Cette liberté qui fait si peur à certains.  
Pour autant 2015 nous oblige. Notre monde n’est plus tout à fait le même. Le sens que nous donnons aux choses qui nous entourent n’est ni totalement différent, ni totalement le même qu’avant. Nous sommes confrontés à des choix : celui du replis, de la crainte, du recul historique, ou celui de l’audace, de l’imagination, de la créativité.

Les résultats du premier tour des élections régionales ont montré qu’une forte proportion de français choisissaient le premier chemin. Sans doute par fatigue des promesses non tenues, par incompréhension du brouhaha du monde nouveau, par nostalgie d’un avant factice préservant les possibles, par dégout du spectacle médiatique qu’est devenu trop souvent, la politique, par colère face au sentiment d’abandon que l’on ressent dans ces villes et villages où disparaissent les emplois en même temps que les services publics et où aucun de ceux qui pérorent sur les solutions politiques à apporter à la crise ne viennent se confronter au réel, par peur de l’autre, de la différence, de demain, par défiance de ce que peuvent leur apporter les valeurs de la république, par peur, par ignorance parfois, par lâcheté quelques fois.

Mais ces élections régionales ont aussi clairement démontrées que la majorité des français refusaient de donner le pouvoir au Front National, ne serait-ce qu’au niveau d’une région. Et permettez moi d’y trouver encore une raison d’espérer pour nous tous. Mais si nous ne réinventons pas le récit républicain pour lui redonner du corps, de la réalité, en l’inscrivant dans des perspectives nouvelles, des horizons à défricher alors un jour les majorités, inexorablement, s’inverseront. Ce n’est pas une question de morale, mais une question de manque d’espérance. 

Je suis entré en politique, comme je vous l’ai dit, par la petite porte, par conviction, parce que j’avais cette espérance chevillée en moi, non pas pour moi, mais pour les autres « moi », ces femmes et ces hommes qui étaient comme je l’avais été avec Alex ma femme et nos enfants, de l’autre coté de la vie. Je n’ai jamais, à aucun moment de ma vie, accepté le fatal même quand je n’arrivais plus à respirer, écrasé sous son poids. Je n’ai pas été élu non plus pour gérer cette fatalité. Et je ne m’y résoudrai pas plus aujourd’hui que demain. Je ne me suis pas engagé pour répéter et accepter l’idée qu’il n’y avait qu’un seul chemin, une seule voie possible, que la comptabilité doit être la seule boussole de l’action publique. 

La comptabilité est une nature morte que l’on peut tordre à loisirs pour la faire ressembler au paysage que l’on a choisit.

S’engager. Le mot est suffisamment fort. Si 2015 nous engage comme je vous l’ai dit, il nous engage sur le courage, sur l’imagination, sur la determination. Ceux qui ont écrit la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, ne cherchaient pas à gérer le réel, ils s’engageaient pour changer le monde. Ceux qui ont refusé de sortir de la salle du jeu de paume, ne cherchaient pas à s’accommoder du possible, ils s’engageaient pour la justice et la liberté. 

Alors s’il faut revoir notre façon d’envisager la manière dont nous faisons de la politique à la lumière des attentats qui nous ont plongé dans une nouvelle réalité, s’il faut faire preuve de modernité en redefinissant les liens qui sont les nôtres au travail, à la solidarité, à la république, je vous propose de réfléchir à une nouvelle révolution qui redonnerait vie à notre devise nationale et remettrait au coeur de notre action commune l’idéal et le récit républicain que nous pourrions partager avec l’ensemble du peuple français, sans en exclure quiconque. 

 Le 9 juillet 1849, à la tribune de l’Assemblée nationale, Victor Hugo disait ceci :   «Je ne suis pas, Messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. Remarquez-le bien, Messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. Détruire la misère ! Oui, cela est possible ! Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas le fait, le devoir n’est pas rempli. »

Alors si nous en sommes à nous dire que les tragédies de l’histoire font basculer notre monde dans une nouvelle époque, que nous devons le réinventer sans rester enfermés dans les chemins que nous avons mille fois arpentés, si nous voulons le faire sans rien lâcher des valeurs fondamentales qui sont les nôtres, alors allons-y, relevons le défi, faisons preuve de panache, osons aller de l’avant.
Il ne s’agit pas ici de savoir s’il faut ou non revenir sur les 35 heures, de quelle façon et à quel rythme réduire nos déficits, de la façon dont nous devrions visiter le code du travail, de la façon dont nous devons réformer la fiscalité, nos institutions, la 5éme république à bout de souffle qui fait que de plus en plus de français ne s’y sentent plus représentés…
Je ne suis pas un spécialiste de ce sujet, mais de plus en plus nombreux sont qui très sérieusement envisagent ce changement de paradigme (là je fais une parenthèse, j’utilise volontairement le mot paradigme que je ne connaissais même pas il y a trois ans, parce que j’ai compris au fil des mois que pas un homme politique ne pouvait faire un discours qui paraisse sérieux, sans utiliser ce mot. Et comme je veux qu’on me prenne très au sérieux, je le redis, changeons de paradigme !, fin de la parenthèse) 
L’idée irrigue la plupart des pays développé, elle est étudié aussi bien à gauche qu’à droite de l’échiquier politique, elle est à la fois considérée comme une idée ultra libérale et comme une dangereuse utopie post-marxiste suivant l’angle sous lequel on la regarde. C’est dire à quel point cette idée est dangereuse pour la tranquillité de ceux qui se contentent d’assurer, souvent à leur profit, la gestion d’un temps et d’un monde qui disfonctionne et perd à la fois les peuples et les sociétés.
Le revenu universel pour tous. Un concept simple : chaque citoyen du jour de sa naissance au jour de sa mort se verrait allouer par l’Etat un revenu mensuel fixe permettant de répondre à ses besoins vitaux : manger, se loger, s’éduquer, se soigner avoir accès à la culture. Divers scénarios existent. Certains le réserveraient aux citoyens majeurs, d’autres y fixeraient des plafonds de revenus. Les montants varient. Peu importe, l’idée fait petit à petit son chemin.

Je suis pour un revenu universel pour tous, du premier jour au dernier jour de la vie. Un revenu qui forcément bouleverse l’ordre des choses en profondeur. Fin des politiques familiales incitatives, fin des minimums sociaux, du RSA, du minimum vieillesse, de l’indemnisation du chômage telle que nous la connaissons, de toutes les niches fiscales, baisse mécanique des charges sur les salaires, relance de la consommation et de l’économie, incitation au travaille, puisque chaque euro gagné serait synonyme dans ce schéma de gain de pouvoir d’achat, valorisation du bénévolat, de l’engagement associatif, fin de la grande misère, fin des familles sans revenus que l’on retrouve à la rue ou qui dorment dans leur voiture, fin du drame de ces femmes obligées de quitter leur logement avec leurs enfants en cas de divorce ou de violence conjugales et qui plongent dans la précarité, fin de la sensation pour certains que l’Etat ne fait et ne fera rien pour eux, fin de la notion d’assistanat. Un revenu pour tous pour redonner à chacun le choix de son destin, le choix de son parcours. 

N’est-ce pas là la prétention la plus noble de la déclaration de l’homme et du citoyen, ne sommes nous pas là au coeur même de cet idéal républicain que nous revendiquons tant en ces jours de violence, de peur, de tristesse et de doute ?

Chaque année en France, selon l’INSEE les dépenses sociales s’élèvent à 620 milliards d’euros. Un revenu pour tous, sans exception, basé sur une dotation mensuelle de 700 euros couterait un plus de 500 millards… Même le vieil Hugo n’en aurait pas espéré autant.

Sans doute est-ce pour cela que La Finlande souhaite l’expérimenter bientôt. C’est dire si l’on s’éloigne de l’utopie pour se rapprocher du possible. Je vous rassure, je n’ai pas la prétention de soir de vous convaincre. Il y a beaucoup de débats autour de ce sujet et la soirée n’y suffirait pas.  Je crois aux idées révolutionnaires, elles ne sont pas plus difficiles à mettre en oeuvre que les solutions inefficaces dont nous avons l’habitude, il suffit juste de le vouloir. Et la volonté devrait en tout temps et en tout lieu être la marque de l’engagement politique.

Je vois vos regards surpris ou goguenards. Qu’importe. Ils devaient aussi en croiser sur leur route les vas-nus-pieds du tiers états qui montaient vers Paris sans savoir encore qu’ils allaient faire basculer la France et la planète entière derrière elle, dans un nouveau monde que personne n’aurait osé imaginer. Et pourtant ils ont marchés et la poussière derrière eux à finit par tisser un rideau tricolore sur la longue marche du temps. Jusqu’à nous.
La force de notre république est d’ouvrir de nouveaux chemins, de nouvelles perspectives, d’éclairer le pas du voyageur quand la nuit devient trop noire. Et nous qui avons été élus par lui nous ne sommes que les relais de cette lumière. Nous nous passons de mains en mains cette lanterne dont la flamme ne s’éteint jamais et qu’aucun vent de fait vaciller.

Supprimer la misère quel beau projet pour sortir de la peur et de la nuit. Si personne ne jette quelques graines au vent, il ne peut y avoir de champs de blé. Et si il n’y a pas de champs de blé à quoi servirait la robe rouge sang du coquelicot ? Ce soir j’ai voulu jeter quelques graines et vous êtes une partie du vent. Vivement maintenant le soleil de l’été pour voir comment poussera le blé.

Avant de terminer tout à fait et de vous retrouver autour de notre buffet, je voudrais remercier ceux qui toute l’année doivent supporter mes incongruités, mes états d’âmes, mes manières pas tout à fait faites pour les ors de la république, mes doutes, mes délires parfois, mes blagues (et là je vous les épargne), et ceux qui nous ont aidé à préparer ce buffet : Mathilde, Florence, Yoann et Luis, mais aussi Serge, Marie-Ange, Athénaïs, Victoria, Sullivan, Nico et les autres que j’oublie, qu’ils me pardonnent.  
Pour cette année qui commence, je vous souhaites à toutes et à tous de pouvoir à chaque fois que cela sera nécessaire, vous réchauffer à la flamme de la liberté.
Puissiez vous comme dans la fable de la Fontaine « le chêne et le roseau » garder votre tête près du ciel, vos pieds solidement ancrés dans la terre qui nous a vu naître… En vous rappelant sans cesse que la plus grande force tient dans la souplesse du roseau qui plie mais ne rompt pas. En 2016 je vous souhaite donc d’être à la fois le chaîne et le roseau. 

Soyez heureux, n’ayez pas peur de demain, profitez de chaque rire et de chaque sourire, pensez à vous enivrer de la beauté du monde, de ses petits matins à ses embrasements du soir, aimez le soleil, tout autant que la pluie, restez debout, restez libres, surprenez vous à siffloter le temps des cerises, aimez, surtout aimez quoi qu’il vous en coûte.
Que la liberté nous emporte, 

Que l’égalité nous mette en marche

Que la fraternité nous rassemble.

Vive la République,
Vive la France.